mardi 22 mai 2018

Situation sur le front du Donbass


La semaine écoulée fut la pire semaine depuis le début de l'année 2018 en termes de bombardements, combats et victimes civiles sur ce front du Donbass que l'opinion publique dite "internationale" persiste à vouloir ignorer.

Plus de 7000 violations du cessez le feu, 6 morts (dont 4 à Gorlovka) et 11 blessés, de nombreuses pertes militaires principalement du coté des assaillants ukrainiens (au minimum 10 tués) sans compter les innombrables destructions occasionnées lors des bombardements (plus de 90 maisons détruites rien que sur Gorlovka)

Cette aggravation brutale de la guerre, qui depuis 4 ans couve dans cette région coincée entre l'Ukraine et la Russie, était prévisible suite à la mise en oeuvre de la "loi de réintégration du Donbass" votée en février à Kiev et qui prévoit de relancer une dynamique offensive sur le front du Donbass en remplaçant le format d'une "Opération spéciale Antiterroriste" enlisée dans les tranchées par une "Opération des forces conjointes".

Depuis le 9 mai des opérations ukrainiennes croissantes ont commencé sur le front de Gorlovka la deuxième ville de la République populaire de Donetsk et une pierre d'angle majeure du front entre Donetsk et Lugansk. 


En Russie on prend très au sérieux cette nouvelle escalade militaire dans le Donbass tant sur le plan militaire ou de nombreux experts accréditent l'hypothèse d'une prochaine offensive de Kiev avant la coupe du Monde de football (15 juin) que sur le plan politique ou les discussions d'urgence sont réalisées antre le Président Poutine et ses "partenaires occidentaux" des accords de Minsk où à la Douma par exemple où le député Yuri Afonin du bloc communiste  a déclaré que devant l'échec des négociations et la menace d'une offensive la Russie devarit reconnaitre les Républiques de Donetsk et Lugansk afin de protéger leurs citoyens   

Depuis le début de ce mois de mai, date du lancement de cette "opération des forces conjointes" l'armée ukrainienne a repris ses campagnes de bombardements et ses reconnaissances offensives. ces nouvelles pressions correspondent :
  1. soit à une première phase d'une offensive majeure destinée à capturer une ville secondaire, un carrefour stratégique, séparer les républiques ou isoler les forces Sud de la République de Donetsk,
  2. soit à poursuivre la stratégie "des petits sauts de crapaud" et faire reculer progressivement la ligne de front républicaine par des attaques mineures ne générant pas de réaction internationale,
  3. soit de déstabiliser définitivement le processus de paix engagé à Minsk et de forcer la communauté internationale à mettre en oeuvre une mission de l'ONU (casques bleus) par laquelle Kiev espère rejouer le scénario du Kosovo.
Personnellement je pense que Kiev peut tenter de jouer ensemble ces trois options pour reprendre la main dans le dossier du Donbass et surtout consolider par un succès militaire et diplomatique un pouvoir de plus en plus contesté tant sur le plan national que international :

Ainsi on peut imaginer les "forces conjointes" de Kiev dans une première phase mener des pressions offensives mineures (les "sauts de crapaud") pour fixer les forces républicaines loin de leur axe offensif majeur prévu. Ces pressions offensives doivent être faites sur des zones de contact (obtenues suite au précédent grignotage de la zone neutre) proches de points névralgiques (villes, carrefour etc...) obligeant les républicains à renforcer leurs défense. C'est peut-être ce qui se passe en ce moment dans le secteur de Gorlovka où suite aux bombardements et attaques ukrainiennes des unités de réserve de la DNR ont été envoyées en renfort (comme le bataillon blindé "Somali" par exemple)

En effet Gorlovka, non seulement est la deuxième ville en importance de la République Populaire de Donetsk, économiquement un centre principal de production métallurgique et chimique, mais surtout la clef de voûte de la ligne de front entre Donetsk et Lugansk. Les républicains ne peuvent se permettre de voir tomber ce secteur qui supporte la continuité et la force cohésive des leurs armées. Même s'il y a peu de risque que Kiev s'aventure dans des combats urbains suicidaires au cœur de cette immense cité minière, les républicains ne peuvent laisser son armée grignoter sa périphérie dans laquelle circulent des axes logistiques vitaux comme Debalcevo (à l'Est de la ville), ce carrefour routier et ferroviaire majeur à la charnière des 2 républiques.  
Puis Kiev se lancerait dans un coup de force mesuré pas trop meurtrier pour ne pas provoquer une réaction militaire de Moscou car ses parrains occidentaux ne sont pas encore prêts pour une guerre directe avec une Russie dont ils veulent d'abord continuer l'asphyxie économique et la confrontation sur le théâtre levantin. Mais ce coup de force doit cependant "bouger les lignes" de la diplomatie internationale par une envenimation du front provoquant l'abandon définitif du processus de paix de Minsk 2. Pour ce faire il faudrait pour Kiev réussir à prendre une ville secondaire ou un carrefour stratégique pour relancer une dynamique au niveau de la communauté européenne lâchement accrochée à l'épave des accords de Minsk 2.

Enfin, par cet urgence de stabiliser à nouveau ce front qui menace l'Europe entière, les USA et Kiev tenteraient d'amorcer le scénario "casques bleus" en les déployant prioritairement dans la zone conquise par Kiev, ce qui permettrait de verrouiller  le gain de terrain et éviter un nouveau chaudron. Washington compte ensuite étendre une normalisation progressive et pro occidentale du Donbass, donnant à Kiev la possibilité d'y organiser sous couvert d'une pacification internationale un "nettoyage ethnique" du type de celui de la république serbe de la Krajina. Mais Moscou qui a flairé la perversité de la proposition occidentale, mais tout en acceptant le principe d'une mission de l'ONU, demande qu'aucun membre de l'OTAN y participe, espérant par là garantir la neutralité de cette force d'interposition.

Deux autres paramètres extra militaires sont à prendre en compte pour expliquer aussi cette aggravation croissante du front : 
  1. Le sabotage espéré par les occidentaux du Mondial de football 2018 (15 juin) en Russie pourrait trouver un prétexte dans une aggravation de la situation militaire dans le Donbass où la Russie serait accusée d'intervenir.
  2. Les élections présidentielles ukrainiennes 2019 (31 mars) pour lesquelles l'impopulaire Porochenko aurait besoin avant la course, de créditer sa candidature avec une victoire même partielle sur le front du Donbass
On voit bien, dans ce scénario que confirment les propos de différents responsables ukrainiens comme par exemple ceux du Ministre ukrainien de l'intérieur Avakov, qu'il y a encore beaucoup d'inconnues et notamment celle de la capacité militaire des Républiques à contrer les opérations militaires ukrainiennes et étouffer dans l’œuf cette stratégie offensive indirecte de l'OTAN et surtout celle de la réaction russe qui ne peut se permettre de voir se réaliser une seule étape de ce processus de réintégration du Donbass qui provoquerait une militarisation atlantiste accélérée de cette région limitrophe et surtout une vive contestation de palais par une majorité qui refuse d'abandonner la population russe du Donbass.

Donc, soit l' "Opération des forces conjointes" va connaitre un enlisement comparable à celui de feu l' "Opération Spéciale Antiterroriste", soit la guerre éclate à nouveau parce que Kiev a décidé de jouer seul sa destinée ou que Washington qui perd en Syrie cherche à ouvrir un second front en Europe. 

La question est de savoir si des occidentaux sont prêts à mourir pour Donetsk et Lugansk. Pour ce qui est des russes ils ont déjà donné leur réponse depuis 4 ans avec les milliers de volontaires venus rejoindre les rangs des milices du Donbass. 

Erwan Castel


lundi 21 mai 2018

Gorlovka sous le feu !


La pression de l'armée ukrainienne sur la ceinture de la ville de Gorlovka continue de s'intensifier d'heures en heures. Après les échanges de tirs sur les zones de contact, les bombardements de l'artillerie lourde de Kiev, ce sont désormais des véhicules blindés ( et non des chars de combat comme une rumeur voulait le faire croire ce matin) que les ukrops ont engagé contre les lignes de défense républicaines. 

Depuis ce matin, en plus des pertes militaires de part et d'autre du front et dont le détail n'est pas encore communiqué, 3 soldats républicains d'un poste avancé ont été capturés dans le secteur de Golmosky (entre Gorlovka et Debalcevo). Cette action a été réalisée par 2 sections du bataillon spécial "Donbass" qui ont mené une attaque d'infanterie ukrainienne bénéficiant d'un appui important d'artillerie sur un mode "feu roulant" permettant d'investir temporairement une position avancée républicaine tuant un défenseur capturant 3 autres soldats avant de les utiliser comme boucliers humains lors de leur repli. Au cours de cette opération les ukrainiens ont subi des pertes importantes évaluées à 5 morts (dont 2 abandonnés sur le terrain) et 4 blessés minimum.

Nos 3 camarades capturés par les radicaux du bataillon "Donbass" 
Côté de la population civile, 4 nouveaux civils ont blessés par les bombardements ukrainiens dans le village de Kurganka, et 11 dans un immeuble près de la mine Gagarine, (auxquels il faut rajouter les 4 tués et 7 blessés dont 2 grièvement de la semaine du 13 au 20 mai). Rien que pour la journée du 20 mai ce sont pas moins de 270 obus qui ont été tirés sur la République de Donetsk par les ukrops.

Ce matin les canons ukrainiens ont engagé dès 4h30 les lignes de défense républicaines en appui d'assaut d'unités d'infanterie mais aussi les zones résidentielles comme le village de Kurganka où plusieurs maisons d'habitation ont été touchées.

Kurganka, rue Kouibychev ce matin

Les réseaux ukrainiens, relayés par des habitants cédant à la panique ont diffusés des rumeurs d'attaque de blindés en direction de Gorlovka. Cette opération subversive est destinée insinuer un vent de panique, faire fuir la population et encombrer les voies logistiques de la ville. Mais rapidement les démentis des officiels et des riverains ont ramener le calme chez les habitants.

Cependant, cette intensification des bombardements ukrainiens a quand même déclenché la mise en oeuvre de mesures et procédures de défense civile par les autorités de Gorlovka dont les services de secours et les équipes d'entretien des installations électriques, de gaz et d'eau sont en alerte maximale. 

Le maire de Gorlovka, Yvan Prikhodka, à la barre dans la tourmente a tenu a rassurer les habitants de la ville tout en leur intimant à la plus grande vigilance. Si certaines écoles proches du front ont été temporairement fermées à cause des combats, aucune évacuation n'a été décrétée et tous les services de la ville fonctionnent normalement.

Voici quelques unes des consignes et règles de sécurité données aux résidents de Gorlovka :


  • "Ces instructions simples peuvent sauver des vies ! 
  • * Dans le cas de bombardement jeter vous immédiatement au sol, de préférence dans les creux, les trous, ou toutes saillies (...) Vous devez être à plat ventre sur le sol, couvrant la tête avec les mains, car les éclats volent à une courte distance du sol. 
  • * Si vous êtes à la porte d'entrée couper l'interphone et laisser la porte ouverte (état entrebâillée et bloquée), cela peut  la vie à quelqu'un (vous ou vos voisins, la réaction à un bombardement est l'affaire d'une seconde).
  • * Couvrez toutes les fenêtres avec du ruban adhésif, si possible des deux côtés, pour que le verre brisé ne devienne pas des fragments de chevrotines. 
  • * Supprimer les mots de passe pour le Wi-Fi, il donnera aux gens la possibilité d'aller en ligne et se connecter avec leurs proches, ainsi que d'avoir accès à la notification via Internet. 
  • * Si possible, essayez de ne pas sortir sans nécessité extrême. 
  • * Repérer un endroit où vous pouvez vous réfugier (sous - sols, abris antiaériens pour locaux murs porteurs, organiser un lieu de « se cacher sur le sol » , etc.) 
  • * Fermez la canalisation d'alimentation en eau principale et les vannes, limiter la consommation d'énergie (lampes à incandescence « d'urgence » sont les plus fiables et ont être dans les "scutes"). Débranchez des prises les équipements électriques de valeur (TV, tuner TV, réfrigérateur, lave-linge, four à micro-ondes, etc.).
  • * Avec un besoin constant d'avoir: 
  • - Des documents (des photocopies de haute qualité sont acceptables). 
  • - les médicaments de premier secours (pansement, ceinture, peroxyde d'hydrogène, sac de toilette, médicament à prise constante, anesthésique). 
  • - une liste d'adresses de contact et de numéros de téléphone de parents ou d'amis de confiance. 
  • * Si vous êtes dans la zone touchée de l'artillerie et sentir des signes de panique ou à côté de vous était un homme dans un état de trouble mental temporaire (commotion cérébrale, ou l' expérience émotionnelle de ce qui se passe en vigueur), dites à haute voix, « pas deux » ("Ne dva") - il vous aidera à revenir à un état de conservation vous ou la personne paniquée, aussi quelques gorgées d'eau et de lavage, aidera à sortir du choc psychoémotionnel.
  • En cas de blessure ou de perte de conscience - à l'intérieur du vêtement extérieur ou en dessous, fixez le patch qui contient les données écrites dans le marqueur sur un tissu léger (nom, date de naissance, le groupe sanguin, adresse de résidence ou du lieu de résidence, les numéros de téléphone de la famille, la catégorie de la maladie accident vasculaire cérébral, crise cardiaque, ulcère de l'estomac, diabète, épilepsie, intolérance aux groupes de médicaments). 
  • * Préparer un sac séparé (sac), dans lequel il y a : la nourriture, le chocolat noir, l' eau, des vêtements (bonne qualité de b / y pour la première fois, les serviettes en lin, lin), des vêtements chauds, des couvertures, lampe de poche et des batteries, la charge pour les téléphones mobiles , allumettes, bougies de ménage. 
  • Collecter tous les nécessaire pour les soins des enfants  ne pas oublier d'étiqueter le bébé comme les vêtements chez les adultes, c'est est très important
  • Soyez vigilant !! 
  • Limiter au maximum le mouvement du terrain! 
  • Sécurisez votre vie et la vie de vos proches! "


A 12h00 nos lignes de défense sont toujours solides, infligeant des pertes importantes aux assaillants. Nos tirs de contre batterie se révèlent très efficaces et les infos en provenance des zones occupées telle que la demande urgente depuis hier de dons du sang pour les hôpitaux de la première ligne confirme l'ampleur des pertes subies par Kiev. De'autres informations rapportent par exemple que 10 ambulances sont parties ce matin de Dzerzhinsk pour plusieurs rotations vers la ligne de front de Gorlovka et évacuer des soldats ukrainiens blessés.

Position ukrainienne en feu près du secteur de la mine Teknichi sur le front de Gorlovka

Action ukrainienne dans la profondeur 


Cette nuit  un commando ukrainien a également réalisé le sabotage d'un pont sur l'axe Donetsk-Lugansk, à proximité de Krasny Luch. Cette action dans la profondeur du dispositif républicain a été réalisé sur un axe logistique important et rapide reliant les 2 républiques de Donetsk et Lugansk entre elles (Au Nord la route principale se retrouve sous le feu de la ligne de front dans le secetur de Yasinovataya, Gorlovka et Debalcevo et au Sud le contournement doit se faire par des axes secondaires longs et en mauvais état).

Ce type de sabotage ne fait que confirmer l'hypothèse d'une prochaine offensive des forces de Kiev, qui chercheront a ralentir les ravitaillements logistiques et les renforts d'une république vers l'autre. 

A gauche Gorlovka (Nord de la République de Donetsk) , à droite Lugansk et au centre le pont détruit sur l'axe Donetsk-Lugansk

En résumé bien et bien qu'elle soit toujours sous contrôle, la situation sur le front du Donbass et en particulier dans le secteur de Gorlovka qui est en est la pierre angulaire principale entre Donetsk et Lugansk, est devenue préoccupante car elle risque de déclencher une nouvelle phase dynamique de cette guerre qui s'était enlisée dans les tranchées depuis 3 ans passés.

A suivre 

Erwan Castel

La guerre comme seul horizon


Voici une analyse globalement intéressante signée Jean Baptiste Noé qui analyse une politique désastreuse de l'Union Européenne à travers la crise ukrainienne et la guerre du Donbass. 

Deux remarques cependant : 

1 Concernant l'indépendance du Donbass

Lorsque l'auteur évoque l'hypothèse d'une indépendance du Donbass il se base sur des données d'avant la guerre et non sur celles provoquées par une ligne de front qui a coupé en 2 le Donbass. ("L’autre possibilité est que le Donbass devienne complètement indépendant. Avec huit millions d’habitants, des mines de charbon, un accès à la mer Noire et une bonne entente avec le voisin russe, l’État pourrait être viable. C’est probablement ce qui arrivera ; le droit finissant par se caler sur le fait.") 

Situation actuelle du Donbass entre les Républiques autoproclamées 
de Donetsk et Lugansk et le territoire occupé par Kiev
En effet si les anciens oblasts de Donetsk et Lugansk, tant sur le plan démographique, économique et géostratégique avaient le potentiel de former un pays indépendant, et pour les raisons citées par l'auteur, en revanche la guerre a divisé cette région en grande partie occupés par l'armée ukrainienne. 

Certes les villes de Lugansk et surtout Donetsk qui est historiquement la capitale historique et économique de cette région industrielle forte sont sur les territoires des Républiques Populaires éponymes, mais ces dernières se sont vues amputées d'une grande partie de leurs ressources nécessaires pour accéder à une véritable indépendance :
  • Les régions minières de Slaviansk, Lisichansk, Konstantinovka, Avdeevka où se trouve la plus grande usine de charbon d'Europe.
  • Le port commercial de Mariupol (env 500 000 habitants) qui est la porte maritime économique du Donbass en Mer Noire (via la Mer d'Azov).
  • Les régions forestières qui se situent surtout au Nord de Lugansk.
Il faut rajouter à cela la destruction totale des aéroports de Donetsk et Lugansk etc...

Si l'indépendance du Donbass est effectivement une option lointaine de sortie de crise et une volonté de la population elle est cependant subordonnée à la récupération de ces anciens territoires. Et c'est la que le bât blesse car politiquement et même en cas de négociations de paix réellement engagées, il semble utopique que l'Ukraine actuelle sorte du Donbass autrement que par la force des baïonnettes républicaines !

2 / Concernant l'Union Européenne et les USA

Je pense que l'auteur surestime la responsabilité de l'Union Européenne qui n'est plus qu'une courroie de transmission des décisions étasuniennes dont les conseillers politiques autant que militaires sont à la manœuvres en Ukraine depuis le coup d''Etat du Maïdan qu'ils ont commandité. Dans cette crise ukrainienne l'Union Européenne a servi de miroir aux alouettes pour les ukrainiens et de cheval de Troie pour l'OTAN qui malgré l'échec de sa stratégie en Crimée et le freinage organisé par la rébellion du Donbass, continue étape par étape à organiser l'intégration de l'Ukraine dans l'alliance. 

Car pour Washington peu lui chaut de la population vivant sur les rives du Dniepr, seul compte la militarisation de son territoire, la normalisation et le contrôle de son armée de chair à canon que l'OTAN veut transformer en bélier contre la Russie. 

Erwan Castel




Source de l'article : Institut des libertés


Donbass : la faillite de l’Europe

Par Jean-Baptiste Noé

17 mai, 2018


Dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, la guerre commencée en 2014 ne cesse de durer, même si cette zone n’est plus couverte par l’événement médiatique. Les accords de Minsk II, conclu le 11 février 2015 en Biélorussie avec la Russie, l’Allemagne, la France et l’Ukraine ont cherché à mettre un terme aux combats. Étaient présents également les représentants des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Les accords prévoient notamment l’établissement d’un cessez-le-feu dans la région des combats et l’envoi d’observateurs réguliers pour vérifier la réalité de la cessation des affrontements. Or ce point-là n’est pas du tout respecté. Le conflit n’a pas cessé et il continue de faire rage entre l’armée ukrainienne et les groupes de défense du Donbass. Quatre ans de guerre donc, sans qu’une fin des combats n’apparaisse possible pour l’instant. Les chiffres officiels depuis 2014 font état de plus de 10 000 morts, tous camps confondus, de 20 000 blessés et d’un million de réfugiés. C’est une fourchette basse, surement en deçà de la réalité. Les réfugiés vont surtout en Russie, mais presque pas dans les autres régions de l’Ukraine. D’une part parce que la population du Donbass se sent davantage russe qu’ukrainienne et aussi parce que la Russie est plus attrayante que l’Ukraine. L’économie y est plus dynamique, les perspectives d’emploi et d’avenir plus grandes. À Kiev, un oligarque a succédé à un oligarque, avec les problèmes de corruption et de détournement de fonds inhérents à ce type de gouvernement. L’Ukraine est un pays qui va mal et où la situation politique demeure dégradée.


Un état des lieux très fragile

La situation humanitaire du Donbass demeure très fragile. La zone subit régulièrement des attaques militaires, que ce soit dans la région de Donetsk ou dans celle de Lougansk, et cela en dépit des accords de Minsk II qui ne sont pas respectés. Les civils souffrent, manquant souvent du nécessaire, avec des difficultés à reconstruire leurs maisons et leurs villages. Les deux Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk sont gérées de façon autonome, avec un chef d’État, un parlement, une armée. Elles ne sont pas reconnues au niveau international, même par la Russie, mais elles existent dans les faits, sinon en droit. Rien ne permet de penser que cette situation va se dissiper et que ces régions vont pouvoir réintégrer l’Ukraine.

C’est une ligne de 500 km qui s’étire de la mer d’Azov jusqu’au fleuve Don. Une frontière dessinée avec Minsk II pour geler les combats. Un no man’s land a même été défini, une zone grise où les populations n’ont pas le droit de se rendre, même si des personnes y habitent encore. Le Donbass est une région russophone, où la langue officielle est le russe et l’ukrainien. En Ukraine, en revanche, l’ukrainien a été imposé dans les écoles, ce qui revient à exclure le russe, ce qui ne facilite pas la réconciliation des deux parties. Le russe est pourtant la langue historique de nombreuses personnes vivant en Ukraine. Cette imposition forcée de l’ukrainien, langue créée au cours du XIXe siècle, ne mécontente pas que les russophones, mais aussi les Hongrois de la Transcarpatie, qui ne peuvent plus parler leur langue, mais sont contraints de faire usage de l’ukrainien. L’ukrainisation forcée du pays met à mal l’unité fragile de cet État.

Les habitants peuvent traverser cette zone pour se rendre en Ukraine : il y a des check point pour que les gens aillent voir leurs familles, mais peu s’y rendent. Pour beaucoup de gens du Donbass, la rupture avec l’Ukraine est définitive, si ce n’est dans le droit international au moins dans les esprits.


Quel avenir pour le Donbass ?

Après quatre ans de guerre et des attaques massives, par les armes et par les mots, la réconciliation entre le Donbass et l’Ukraine apparaît impossible. L’ancien président ukrainien a dit en public vouloir tuer les enfants du Donbass, ce qui n’est pas un prélude à une réconciliation. Même s’ils ne le disent pas toujours ouvertement, beaucoup ont le souhait d’intégrer la Russie. Ils se sentent russes : c’est la même culture et la même histoire. La sécession apparaît donc comme quelque chose de logique, au même titre que les Italiens du XIXe siècle qui voulaient rompre avec l’Autriche pour s’unir au nouveau royaume issu du Risorgimento. Ces terres ont été plus longtemps russes qu’ukrainiennes : ce sont des terres prises aux Tatars par Catherine II. L’Ukraine reste une création récente, une création de compromis de la part des bolchéviques. C’était un moyen de modérer le nationalisme ukrainien qui était très hostile à l’idée soviétique. Ces constructions nationales de fraîche date ont été détruites par les guerres et les drames du XXe siècle, poursuivis par le conflit qui dure depuis 2014.

Mais c’est un cadeau empoisonné pour la Russie, qui n’a pas envie de récupérer le Donbass. Elle a certes récupéré la Crimée, parce que c’est une région stratégique qui a toujours été russe. Mais récupérer le Donbass serait trop dangereux. Il y a des risques de sanctions et des problèmes internationaux en perspective. Pour la Russie, c’est plus une épine qu’une promesse. D’autant que si ces régions étaient intégrées à Moscou, l’Ukraine pourrait ukrainiser tout le pays et intégrer l’OTAN et l’UE, ce qui est contraire aux intérêts russes, Moscou n’ayant aucune envie de se retrouver avec des missiles de l’OTAN sur le sol ukrainien. Mieux vaut donc laisser la situation telle qu’elle est, faire réintégrer ces régions, sous une forme d’autonomie, empêchant l’Ukraine de fonctionner et notamment d’intégrer l’OTAN et l’UE. Ce serait plus habile pour Moscou, qui de toute façon bénéficie d’un fort capital de sympathie dans le Donbass, région très riche notamment pour ses mines de charbon.

L’autre possibilité est que le Donbass devienne complètement indépendant. Avec huit millions d’habitants, des mines de charbon, un accès à la mer Noire et une bonne entente avec le voisin russe, l’État pourrait être viable. C’est probablement ce qui arrivera ; le droit finissant par se caler sur le fait. De toute façon, la réconciliation entre Kiev et Donetsk apparaît aujourd’hui impossible.


Le syndrome yougoslave

Le grand perdant, le grand vaincu de ce conflit, c’est l’Union européenne. Déjà l’UE avait été incapable de construire la paix en Yougoslavie, devant faire appel aux Américains pour aboutir aux accords de Dayton (1995). Puis sur la question du Kosovo elle s’est complètement enlisée et embourbée dans ses contradictions. Si le Kosovo peut devenir indépendant grâce à un référendum, pourquoi pas la Crimée, pourquoi pas le Donbass ? Le précédent kosovar, outre qu’il a fâché l’Europe de l’Est avec l’Europe de Bruxelles, a montré les contradictions de la politique européenne, qui appliquent des principes ici et les refusent ailleurs.

On ne cesse de nous dire que l’Europe c’est la paix. Mais l’Europe a été incapable de rétablir la paix au Pays basque contre l’ETA ou en Irlande contre l’IRA. C’est l’Espagne et le Royaume-Uni qui ont réglé ces dossiers. L’Europe, c’est-à-dire l’UE, a été incapable de rétablir la paix en Yougoslavie et d’éviter les drames de l’éclatement de la région. Aujourd’hui, elle n’est pas capable de rétablir la paix dans une région d’Europe, le Donbass, ni de discuter avec la Russie. L’Union européenne n’a pas apporté la paix. Elle s’est construite parce que les États se sont réconciliés entre eux et parce qu’ils ont voulu la construction européenne. Aujourd’hui, l’UE est en faillite. Passons sur la question de l’euro, qui éclatera un jour. L’UE est incapable de résoudre le dossier migratoire et de sécuriser la Méditerranée. Elle est tout aussi incapable d’apporter la paix dans le Donbass, où se sont tenus des matchs de l’Euro de foot 2012. En six ans, que de changements. Cela rappelle le stade olympique de Sarajevo détruit par la guerre. Ni l’UE ni le sport n’apportent la paix. Au Donbass, comme au Kosovo déjà, l’UE montre à ses peuples sa faillite et son incapacité à faire autre chose qu’obéir aux directives de Bruxelles pour les normes intérieures et de Washington pour les questions internationales. Cette question-là sera-t-elle portée lors des Européennes de 2019 ?


Comment faire la paix, comment bâtir un peuple ?

Pour l’Europe, le Donbass est le laboratoire de deux questions majeures : comment construire un peuple, comment construire la paix ? L’armée ukrainienne a du mal à recruter et elle connaît beaucoup de désertions. Il est difficile d’expliquer à ces hommes qu’il faut aller combattre dans un territoire qu’ils ne voient pas comme étant le leur. Au Donbass au contraire, les hommes et les femmes luttent pour leur survie, pour leur maison et pour leur terre. La guerre est ici asymétrique, non pas au sens d’une asymétrie de l’armement, mais dans une asymétrie des intérêts de la guerre. Ce n’est pas la même chose de lutter pour sa terre et la liberté de sa culture que pour prendre une terre qui intéresse peu. La population du Donbass est donc prête à combattre et à mourir. S’il y a eu des réfugiés, c’est essentiellement dans les zones de combat. Désormais, la population reste et se défend. Pourquoi rester sur une terre en guerre alors que l’on peut partir et avoir un avenir matériellement meilleur ailleurs ? Cela rejoint le mystère de la culture, de la nation et du sentiment charnel de l’appartenance à un lieu et à une patrie. La dynamique culturelle est engagée dans la défense de ce que l’on est, de l’être intime qui explique pourquoi des hommes sont prêts au sacrifice et à mourir, alors qu’il leur serait tellement plus facile de partir et de vivre heureux ailleurs ; mais ils ont un chez eux. Face à l’islamisme, la question va se poser aussi en Europe de l’Ouest. Partir ailleurs, ou lutter, voire mourir, pour défendre sa culture et sa terre ? C’est peut-être pour éviter cette question qui touche à l’existence des peuples et à l’essence de la construction européenne que l’on ne parle plus du Donbass.

Le retour de l'artillerie lourde

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A l'image de leur commandeur "Snak" ,les yeux fixés vers l'horizon Nord,
les hommes de l'unité sommes prêts à accueillir l'ennemi comme il se doit
Depuis plusieurs jours les forces ukrainiennes ne cessent d'augmenter leurs pressions offensives sur le front au Nord de Donetsk, principalement par des bombardements dans les secteurs de Gorlovka, Yasinovataya et jusqu'à Spartak près de l'aéroport de Donetsk. 

Bombardement ukrainien 
Source : Site ukrop Focus.ua



Dimanche 20 mai 2018

Les unités de Piatnashka qui sont à la caserne sont en alerte depuis les dernières rotations sur le front. Ce soir le niveau d'alerte a été augmenté et nous sommes aux environs de la minuit "au cul du camion" prêts à monter en quelques minutes renforcer nos camarades déployés sur le front, en cas d'attaque majeure ukrainienne. 

En effet  les ukrops continuent leurs tirs sur les positions que nous tenons entre Yasinovataya et Avdeevka, là où notre chef de bataillon a trouvé la mort dans un bombardement ukrainien le 17 mai dernier. Voici une vidéo montrant un des volontaires ossètes de la Brigade Piatnashka tirant une roquette antichar sur une position fortifiée  à partir de laquelle les ukrainiens mènent des tirs permanents sur nos lignes.

Tir de Lance roquette RPG 7 sur casemate ukrainienne


Depuis plusieurs mois, les utilisations de l'artillerie lourde étaient plutôt assez rares, les ukrainiens confiant surtout à leurs armes d'appui de 1er échelon le soin de maintenir leurs campagnes de provocations et de harcèlement du front républicain (mortiers de 82 et 120mm, véhicules blindés, canons sans recul, lances roquettes individuel etc...). 

Mais depuis le début du mois de mai, avec l'activation de l' "Opération des Forces Conjointes" du plan de réintégration du Donbass, Kiev a provoqué le retour des gros calibres sur le front du Donbass.

Ce retour de l'artillerie lourde, qui vraisemblablement s'inscrit dans la phase préparatoire de la nouvelle offensive annoncée de Kiev, marque une étape importante dans l'escalade en cours.

Bombardement de l'artillerie lourde ukrainienne sur des postions républicaines
Ainsi dans la journée du 20 mai, c'est notre artillerie qui a contenu dans le secteur de Yasinovataya les opérations de l'ennemi cherchant une rupture du front. Les communiqués de la République reconnaissent ces actions destinées a préserver la stabilité d'une ligne de front qui est le dernier fil du processus de paix engagé à Minsk et qui depuis 3 ans est en échec à cause des provocations militaires et du refus politique de Kiev d'engager la phase politique des accords. 

Bombardement secteur Yasinovataya

A 01h00 le niveau d'alerte est redescendu d'un cran, nous permettant de dormir quelques heures, rangers aux pieds, à coté de l'armement et des équipements prêts.


Erwan Castel


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

dimanche 20 mai 2018

La mort qui rôde dans le ciel


Les civils du Donbass et particulièrement ceux de la couronne de Gorlovka (Nord de la République de Donetsk) sous toujours sous le feu ukrainien. Malgré des précautions permanentes et des aménagements de protection dans les maisons la mort wui rode dans le ciel a de nouveau tué et blessé cette nuit.

Dans cette courte vidéo prise par un habitant de Yasinovataya le secteur où notre Brigafe Piatnashka est déployée (Nord de Donetsk) vous pouvez entendre un bombardement réalisé par un lance roquettes multiples BM21 "Grad"...


La personne regarde le ciel où résonne le souffle du dieu des batailles cherchant la trace des roquettes et leur direction.
Ceci est le quotidien de milliers de familles du Donbass coincées de part et d'autre de cette ligne de front où l'artillerie est redevenue, le temps des tranchées, la reine de batailles.

Si l'habitude des bruits de la guerre et la capacité de résilience exceptionnelle de cette population ont éloigné le stress des premiers bombardements, l'inquiétude demeure car depuis 4 ans, toujours rien ne peut prévoir où et quand la mort va tomber du ciel comme la foudre folle d'un orage qui n'en finit plus de grossir....

Erwan Castel

samedi 19 mai 2018

Les adieux à "Mamaï"

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Tandis que le silence domine les rangs de Piatnashka plus que jamais serrés dans l'adversité, nous avons aujourd'hui salué la dépouille mortelle de notre "Commandeur" tué sur le front de Promka le 17 mai dernier. la cérémonie d'adieu et recevons des témoignages  et informations sur ce qu'il convient d'appeler le dernier combat de Mamaï.

Cette cérémonie d'adieux s'est déroulé dans le centre ville de Donetsk devant les délégations des bataillons et une foule très nombreuse venus remercier une dernière fois ce volontaire ossète qui a donner sa vie pour la Liberté du Donbass.


Samedi 19 mai 2018

Au matin et sans enthousiasme nous nous préparons pour nous rendre à Donetsk assister à la cérémonie d'hommage et d'adieux de la République Populaire de Donetsk à Oleg Mamiev, le chef de la Brigade Piatnashka, tué au combat le 17 mai soir sur le front de Promka.

La veille quelques uns étions allés acheter dans le district proche de Kalininski des œillets et une grande gerbe de fleurs en forme de larme aux couleurs de l'Ossétie, la patrie charnelle de "Mamaï".

Lorsque nous arrivons à l'opéra de Donetsk sur "Artema", l'avenue principal de la ville, la famille et la garde d'honneur entoure le cercueil d'où émerge le visage tuméfié mais serein de cet homme appelé par le le dieu des batailles à 41 ans. Rapidement arrivant de toutes les rues de Donetsk convergent des groupes de civils épars ou des délégations alignés de soldats, tous venus saluer leur héros et déposer à ses pieds une rosée de larmes sur une fleur posée.

De minute en minute, la rue se remplit d'une foule silencieuse venue remercier l'ami tandis que les délégations de tous les bataillons arrivent pour un dernier salut au commandeur. Mamaï par sa personnalité n'était pas la star des médias propagandistes, d'un naturel très discret il préférait se fondre au milieu de ses hommes qu'il commandait avec son exemple et son cœur, aussi l'immense foule venue le saluer ce matin n'en était que plus impressionnante et révélait le lien sacré entretenu naturellement par la population du Donbass avec ses défenseurs.

Les larmes sont sur tous les visages et beaucoup d'épaules alourdies par le chagrin recueillent la chaleur d'une main tremblante. Autour du cercueil de Oleg Mamiev appareillé pour son dernier voyage, la famille se recueille tandis que les milliers de mains viennent fleurir les requiems qui s’enchaînent au dessus du silence et des cœurs.






Au sortir de la salle 4 camarades de la Brigade, eux aussi originaires de l'Ossétie reçoivent les accolades de leurs frères d'armes, et lorsque je sors à nouveau à l'extérieur, une pluie passagère est au rendez vous, comme si les dieux voulaient joindre leurs larmes aux nôtres.

Désormais, une foule silencieuse a envahi l'immense place de l'opéra de Donetsk et les contre allées bordant l'avenue Artema, Les rares conversations sont chuchotées et je suis impressionné par ces hommes, ces femmes et ces enfants venus remercier cet homme d'Ossétie venu se battre dans le Donbass, tous prouvant s'il en était besoin leur appartenance charnelle au Monde Russe.


Sous les auspices d'un vieux chars victorieux, la foule a envahi les contre allées de l'avenue Artema

La peine d'un frère d'armes, d'un ami et d'un compatriote ossète
La peine et le devoir guide les pensées des camarades
Les frères d'armes des tous ses combats et de toujours sont venus accompagner Mamaï pour son dernier voyage

L'épouse de Mamaï et mère de son petit garçon dans un dernier regard et une immense dignité

Il est plus de 13h00 quand le cercueil porté par ses frères d'armes sort du bâtiment sous les "Spassiba" de la foule restée jusqu'au départ de celui qui est devenu un enfant du Donbass  par son sang versé. Nous retournons avec notre commandeur vers le bataillon, cette "Brigade Piatnashka" qui était sa deuxième famille pour un dernier rassemblement avec lui.

Dans l'intimité de la cour de la caserne nous entourons "Mamaï" accompagnés du député "Abkhaz" son ami et premier commandeur de Piatnashka ainsi que du Ministre de la défense "Kononov" lui aussi ancien compagnon d'armes des premiers combats menés par Oleg Mamiev dès 2014.

A 16h30 j'ouvre une dernière le portail de la caserne de "Piatnashka" à son commandeur en partance pour la terre de son Ossétie natale, mais sachant que cette page jamais dans mon cœur ne se refermera.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

Un souvenir de Mamaï

Depuis sa disparition les souvenirs des minutes passées avec cet homme exceptionnel ne cessent de se bousculer dans la mémoire du cœur, Loin des actions militaires dont tout le monde logiquement et légitimement parle pour évoquer sa mémoire, c'est la belle relation qu'il entretenait avec "Staï" son jeune lynx que je veux vous offrir ici, car le félin sauvage reste toujours sauvage comme il sait sentir et ressentir les sentiments vrais des êtres à qui il n'accorde qu'exceptionnellement sa confiance.

La confiance et la complicité de Staï

Le dernier combat du commandeur

Il est 22 heures ce jeudi 17 février 2018, une équipe de reporters est sur "Dunaï" une des positions que la Brigade tient entre Yasinovataya et Avdeevka. Le chef de bataillon comme d'habitude est là en première ligne avec ses soldats pour assurer la sécurité de l'équipe. Ce soir là les ukrainiens tirent encore et toujours aux armes légères et bombardent avec un AGS 17, ce lance grenades automatique redoutable de 30 mm capable de menacer le fond des tranchées les plus profondes.

Un premier bombardement a eu lieu et Mamaï, sorti pour évaluer la situation, se retrouve sous le feu d'un deuxième tir rapide court mais précis : 3 grenades explosent sur la tranchée et l'une d'entre elles blesse mortellement Mamaï tandis que les reporters qui étaient avec lui ,à l'abri de son corps ne sont que légèrement blessés.

Le dernier combat de Mamaï le 17 mai 2018


Grièvement blessé à la tête et au thorax, Oleg Mamiev est emmené d'urgence à l’hôpital principal de Donetsk, mais il décède pendant l'opération désespérée qui était tentée sur lui.

Reportage sur les derniers instants de la vie de Mamaï

Témoignage recueilli le lendemain


Dans une diatribe propagandiste pitoyable Dmitry Iarosh, le petit führer de Paryvi Sector qui s'est enfui depuis longtemps de la ligne de front pour aboyer sans risque dans les alcôves du pouvoir kiévien, a félicité les ukrainiens pour la mort du commandeur de Piatnashka, et en les nommant personnellement : "Chorny", le Commandant de bataillon, "Rambo", le commandant de compagnie et "Kipish" le servant de l'AGS meurtrier. 

Reportage de Russie 24 sur la mort de Mamaï


Erwan Castel

Premières pertes de l'OTAN dans le Donbass

Soldats canadiens de l' "Opération Unifier" et soldats ukrainiens sur le front du Donbass
La guerre dans le Donbass est en train de prendre la vie d'une radicalisation des activités de l'Ukraine mais aussi de leurs parrains de l'OTAN. En effet non seulement les bombardements ukrainiens ont connu une intensification importante, notamment dans le secteur de Gorlovka, mais sur l'ensemble de front on peut observer une nervosité croissante des "Opérations des Forces conjointes" qui ont succédé à L' "Opération Spéciale Antiterroriste" de Kiev et qui depuis le 1etr mai sont en charge de l'application de la loi de réintégration du Donbass.

Tandis que les occidentaux, pataugeant depuis 4 ans dans leurs fantasmes propagandistes, continuent de dénoncer une prétendue armée russe occupant les territoires des Républiques de Donetsk et Lugansk (mais que pas un observateur international drone ou satellite n'a pu voir), les ranges de l'OTAN qui sont en Ukraine au vu et au su de tous se rapprochent chaque jour un peu plus de la ligne de front et de leur engagement direct dans le conflit. 

On connait déjà l'engagement des ressources de renseignement de l'OTAN à la disposition des opérations ukrainiennes dans le Donbass comme ces drones de reconnaissance US qui viennent régulièrement fouiller la ligne de front et les frontières russes. On connait les subventions des occidentaux alloués à l'armée ukrainienne, les livraisons de matériels et maintenant d'armes létales à leurs unités engagées dans les bombardements et les combats sur le front. 

Dans le cadre de cette "coopération militaire" avec Kiev qui s'inscrit dans un processus d'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN et que les exercices interalliés de l'organisation ont de facto déjà entériné, un contingent important de conseillers et d'instructeurs occidentaux sont en Ukraine, officiellement pour des missions de formations techniques et tactiques loin du front du Donbass.

Instructeur polonais avec des soldats ukrainiens
Depuis 4 ans des observations, aussitôt qualifiées de propagande mensongère du Kremlin dénoncent la présence de ces conseillers occidentaux et pourtant...

Au Nord de Donetsk, dans le secteur bouillant de Promka, entre Avdeevka et Yasinovataya, des "conseillers militaires de l'OTAN" sont morts accidentellement ce 17 mai 2018 sur la ligne de front dans un champ de mines ukrainien dans lequel ils s'étaient imprudemment aventurés.

Bilan : 3 canadiens tués et 2 américains blessés.

On peut raisonnablement se poser plusieurs questions :
  • Pourquoi des "instructeurs" et qui plus est occidentaux se trouvaient-ils en 1ère ligne ?
  • Comment se sont-ils retrouvés dans un champ de mines ? 
Pour le "pourquoi", on peut avancer par exemple que la livraison depuis mai d'armes létales étasuniennes, tel que le lance missile antichar "Javelin" par exemple, impose un accompagnement pédagogique pour former les servants à sa mise en oeuvre opérationnelle. Mais sans parano on peut aussi envisager une coopération Ukraine / OTAN pour étudier et planifier des opérations sur le front.

Pour le "comment" alors que les occidentaux, qui étaient obligatoirement accompagnés par des responsables militaires du secteur, la réponse se trouve certainement dans la réaction immédiate du Commandement ukrainien qui accuse un commando républicain d'avoir réalisé une attaque sur les militaires de l'OTAN. 

On peut donc avancer que cet "incident" peut-être une provocation ukrainienne visant à impliquer l'OTAN pour rechercher une réaction de sa part par exemple ou au pire une justification pour utiliser les nouvelles armes déclarées initialement pour une utilisation exclusivement "défensive".



Quoi qu'il en soit, accident, false-flag ou véritable action commando, la mort de ces militaires de l'OTAN est une première importante qui révèle l'implication des occidentaux et, comme en Syrie, leur interventionnisme militaire sous couvert de missions d'assistance technique.

Il reste a attendre la version officielle de l'OTAN et les conséquences que cet "incident" va provoquer. 

Erwan Castel